Le verdict est tombé, c’est non pour une sortie précipitée du nucléaire ! 44% des citoyens ont fait usage de leur droit démocratique. Un taux de participation approchant la moyenne des dernières votations.  Même le nucléaire ne fait donc plus recette, mais ça on le savait déjà. Les centrales nucléaires resteront donc en service pour autant qu’elles respectent les mesures de sécurité. L’initiative des Verts qui voulait un débranchement total d’ici 2029 a été rejetée dimanche dernier à 54,2% par le peuple ainsi que par la majorité des cantons. Le « oui » l’a emporté dans les cantons de Vaud, Genève, Neuchâtel, Jura, Bâle-Ville et Bâle-Campagne. Alors que le Valais et Fribourg ont dit «non» comme tous les autres cantons alémaniques. En bref,  le résultat est sans appel.

Place désormais aux interprétations en tout genre.

Une sortie programmée et réfléchie l’a donc emporté sur une frange qui voulait une sortie immédiate, agenda à l’appui. La population veut quitter le nucléaire au profit des énergies renouvelables, mais veut laisser le temps nécessaire à leur développement. Soit… La peur d’une sortie brusque, agrémentée d’une augmentation probable des prix de l’énergie, couplée à une perte d’autonomie énergétique annoncée a eu raison des anti-nucléaire et des « utopistes ». L’atôme ne fait pourtant plus recette, dans tous les sens du terme, depuis un certain temps, preuve à l’appui les déclarations d’Alpiq : « Au vu des prix trop bas, les conditions cadre actuelles ne suffisent pas pour assurer la rentabilité de l’énergie nucléaire». Que Fukushima et 2011 nous paraissent déjà lointains. En résumé, d’accord de changer mais de manière réfléchie et de façon ordonnée. Une prudence somme toute très helvétique.

Place dorénavant aux débats fleuves qui ne manqueront pas sous la coupole pour imaginer la Suisse du futur. Le parlement a validé le premier paquet de mesure de la stratégie énergétique 2050 cet automne. Ce projet envisage une sortie progressive du nucléaire : les centrales nucléaires aujourd’hui en service ne seront pas remplacées lorsqu’elles arriveront en fin de vie. La Suisse disposera ainsi du temps nécessaire pour réformer son approvisionnement énergétique. En d’autres termes, un programme qui propose un calendrier moins volontariste afin de remplacer l’électricité d’origine atomique par des agents renouvelables. Un programme qui prévoit aussi la sortie du nucléaire, mais de manière plus progressive et en fonction de deux critères: la sécurité et la rentabilité économique. Le dispositif proposé permettra de soutenir l’hydraulique, le photovoltaïque, l’éolien et la biomasse. Il doit entrer en vigueur en 2018. La ministre de l’Energie, et future présidente de la Confédération, Doris Leuthard présentera les ordonnances d’application en février déjà, l’objectif étant de mettre à disposition les moyens financiers provenant du renchérissement du prix du kilowattheure le plus rapidement possible. Ces moyens sont nécessaires pour doper la production de courant vert en Suisse.

Le début d’un long combat qui doit nous mener vers une nouvelle ère énergétique et une nouvelle philosophie de la consommation. La route s’annonce longue et semée d’embuche, sans compter le referendum lancé par l’UDC contre la stratégie énergétique 2050. Pour l’instant isolé, l’UDC, qui a jusqu’au 19 janvier prochain pour récolter les 50’000 signatures requises, pourrait être rejoins par de nombreux acteurs, notamment dans les milieux économiques, qui hésitent encore quant à la stratégie à suivre et qui n’ont pas fait le deuil du nucléaire. D’ici là, les débats risquent de ne pas susciter plus de réactions parmi une population tiraillée (ou pas) entre une réalité pécuniaire et l’utopie d’un monde meilleur sans nucléaire. Ainsi, selon le sondage 2016 de Crédit Suisse, la protection de l’environnement ne figure plus dans le top 10 des inquiétudes des Suisses en 2016. Vous avez dit prudent le citoyen suisse?