Le Tessin à nouveau représenté au sommet du gouvernement Suisse

125, 117, 8 ! Non, ce ne sont pas les chiffres du loto, même si aujourd’hui, notre pays a encore un fois tiré le gros lot. Sans oublier le numéro complémentaire : le 19, comme 19 ans, le temps qu’il aura fallu attendre pour revoir un tessinois élu à la plus haute fonction politique de notre Confédération helvétique. Depuis 1998 et le départ de Flavio Cotti (PDC), la Suisse italienne rongeait son frein et se faisait une raison avec une représentation « latine » au sens large au sein du Conseil fédéral. Cependant, la force de notre système suisse et la garantie de son équilibre passe par le respect des minorités. Il ne suffit pas de les « considérer », il faut qu’elles puissent être représentées de manière alternée.

En ce 20 septembre 2017, voici donc venu le tour d’Ignazio Cassis, 56 ans, marié, polyglotte, médecin de formation et depuis ce matin, le 8èm tessinois et 117ème conseiller fédéral !

Ignazio Cassis a été élu, au deuxième tour, par 125 voix sur 244 bulletins valables, devant ses collègues de parti (PLR), le genevois Pierre Maudet (90 voix) et la vaudoise Isabelle Moret (28 voix). Certes, c’est le candidat tessinois qui a été élu, mais au final, c’est la Suisse qui gagne !

Une idée de la Suisse

Le signal donné aujourd’hui par nos représentants politiques dépasse la seule idée de « voter pour le Tessin », c’est un véritable plébiscite du système actuel. Dans un monde qui change constamment et de manière toujours plus rapide, les institutions ont gagné ! Pourtant, le ticket présenté par le PLR était attractif et le parlement aurait pu se laisser séduire par le genre (Moret) en sachant que Doris Leuthard, sur le départ, ne sera probablement pas remplacée par une femme.  Le parlement aurait pu confirmer l’adage – qui entre pape au conclave, en ressort cardinal -et céder au coup de poker (Maudet) en donnant les clefs du palais à un jeune loup, inconnu sous la coupole fédérale, professionnel de la politique, décidé à convaincre Berne en 6 semaines.

Au final, les garants de la stabilité helvétique ont parlé. Il était l’heure du Tessin ! Nos institutions revêtent un fonctionnement plutôt complexe, il n’est pas écrit noir sur blanc que le Tessin doit avoir un représentant au Conseil fédéral tous les 5 ou 10 ans, ni qu’au minimum trois femmes doivent siéger, ou encore que les partis majoritaires doivent avoir un nombre de sièges défini.

Toutefois, nous ne sommes pas passés loin de provoquer une anomalie dans notre si belle histoire. Le candidat tessinois avait toutes les cartes en main pour rejoindre les 6 autres sages. Ignazio Cassis, le médecin, devenu conseiller fédéral. Certes, il a souvent été attaqué pour ces accointances professionnelles, pourtant à ce niveau de pouvoir, qui n’en a pas… celui-ci a tenu bon et offre une sorte de délivrance à un canton qui s’est souvent senti mis de côté dans un destin pourtant commun.

Le faux pas romand

La surreprésentation des romands au Conseil fédéral par rapport à son pourcentage réel de la population suite à l’élection surprise de Guy Parmelin (UDC) n’aura duré au final que 2 ans. Voilà le parfait exemple de ce système qui s’équilibre, sans que tout soit « cadré » de manière précise. A ce propos, les sections romandes auraient pu faire preuve d’un peu plus de fair-play ou d’élégance.  Les genevois et vaudois auront eu le temps de rêver depuis l’annonce de la décision de retrait de Didier Burkhalter, mais au final, c’est l’équilibre qui gagne. L’église a été remise au milieu du village et l’Assemblée fédérale a élu un tessinois. Imaginez une seconde le scénario inverse, les romands peuvent prétendre au prochain siège du Conseil fédéral et la Suisse allemande propose deux candidats…

La force de la Suisse se trouve dans sa diversité, et le respect de cette diversité. Dans ce paysage, il n’y aucune place pour les individualités et encore moins pour les velléités cachées de certains partis.

Aujourd’hui, retenons qu’il n’y a pas de vaincus mais bien que des vainqueurs ! Viva il Ticino, viva la Svizzera !